L'Egypte des premiers pharaons
2004-10-16
Au IIIe millénaire avant notre ère, les rois égyptiens vivaient dans un luxe et un raffinement sans égal. Sculptures, peintures, objets usuels...
Au commencement il y avait le Nil. Un fleuve immense, né dans la région des grands lacs du cœur de l'Afrique et sur les montagnes d'Ethiopie. Chaque année, entre le 1er et le 10 thot - dans la deuxième quinzaine de notre mois de juillet - l'eau dévalait du sud lointain, inondait l'étroite plaine en plein désert, apportant les sédiments arrachés sur son chemin. Quand l'eau se retirait, les semailles pouvaient commencer, les porcs piétinaient les graines pour les enfoncer dans le sol, les troupeaux reprenaient le chemin des pâturages.
Alors, dans cette oasis luxuriante entre le Sahara et l'Arabie, pendant plus de trois millénaires, les rois ont accumulé des richesses, édifié des monuments fabuleux, raconté leur vie fastueuse sur les murs des temples et des tombes. Multipliant des œuvres qui fascinent, encore aujourd'hui, les visiteurs du monde entier.
La période la plus brillante, c'est la plus ancienne, celle des premières dynasties répertoriées. Ce troisième millénaire avant Jésus-Christ, où les pharaons se font embaumer dans des pyramides de plusieurs centaines de mètres de hauteur, environnées de temples, d'allées monumentales, de bassins et de ports. Ce n'est pas seulement le temps du gigantisme, c'est aussi celui où les ateliers royaux ébauchent les statues les plus parfaites, où le travail de la pierre, de la terre et des métaux précieux est le plus abouti.
Le pays entier attend la crue salvatrice. Rappeler que l'Egypte est un don du Nil paraît banal. Pourtant ce n'est qu'au siècle dernier qu'on a découvert la double origine du fleuve, le lac Victoria et les hauts plateaux d'Ethiopie, et qu'on a compris le fonctionnement de ce flot géant qui fait fleurir le désert. Sur ces hauteurs, au moment de la fonte des neiges, le courant dévale vers le nord, vers la Méditerranée. Sans cette crue impressionnante, dont l'origine restait mystérieuse pour les Egyptiens, ce pays ne serait qu'une bande de cailloux et de poussière entre le Maghreb et le Proche-Orient.
Chaque année, la même cérémonie se répète: le pays tout entier, pharaon et prêtres en tête, attend le débordement du fleuve salvateur au bord des nilomètres, ces marches graduées qui servent de repères. La crue est une déesse bienfaitrice, Hâpi, qui inonde les rives et les plaines de la Nubie à la Méditerranée, arrive au pied des gebels, falaises calcaires qui bordent les déserts. Ces grands espaces arides (khaset) représentent le pays de la soif, de l'angoisse, des scorpions mortels et des esprits malfaisants. Du territoire submergé, seules émergent quelques buttes: elles représenteront, pour la religion égyptienne, l'image parfaite de la création.