KHEOPS
2005-09-15

Génie et démesure (2538 – 2516 av. JC)

On serait bien en peine de raconter les débuts de l’Egypte tant ceux-ci prennent racine dans la nuit des temps. Depuis l’époque prédynastique, thinite, depuis le roi mythique Narmer, premier souverain de la double couronne, depuis les grands pharaons comme Djéser et son architecte de génie, Imhotep, Khéops apparaît, à la IV dynastie, comme le plus mégalomane de tous les souverains de l’Egypte ancienne. En vingt-deux ans de règne, il réussit à se faire haïr de son peuple. Quasiment toutes ses représentations furent détruites. On n’a retrouvé de lui, à Abydos, qu’une petite statuette d’ivoire de 7 centimètres de haut. Et c’est un cliché facile, mais sans doute justifié, que de s’apitoyer sur le peuple égyptien, « qu’écrasait le granit par Khéops entassé », comme l’écrivait Sully-Prud’homme. Il est le fils de Snéfrou et de la reine Hétepherès. Snéfrou s’était exercé à réaliser la pyramide parfaite, mais c’est Khéops qui y parviendra avec sa Grande pyramide. Car la IV dynastie est avant tout celle des bâtisseurs de pyramides spectaculaires, symbole d’une société où tout s’organise autour de Pharaon comme valeur suprême. « Non seulement il draine à son bénéfice les ressources du pays, mais encore les hautes charges civiles et religieuses ne sont confiées qu’aux membres de sa famille », écrit Jean Yoyotte. Les vestiges de l’art de l’époque témoignent du reste de la perfection massive et écrasante atteinte par l’institution pharaonique, déjà amplement développée sous la III dynastie. On sait peu de chose de l’homme Khéops, sinon qu’il voua sans doute une affection particulière à sa mère, la reine Hétepherès. Comme le tombeau de cette dernière , situé probablement près d’une des pyramides de son époux, à Meïdoum ou à Dahshour, avait été pillé, son fils fit récupérer le reste du trésor et l’enterra dans une cachette près de sa propre pyramide. On ne peut évidemment parler de Khéops sans évoquer le seul monument qui demeure de son règne, la Grande pyramide, septième et seule Merveille du monde à être encore debout. Mais il ne faut pas oublier qu’il fut un ingénieur et un urbaniste distingué, en faisant remblayer la vaste plate-forme de Gizeh et détourner le Nil pour faire passer un canal à l’aplomb du plateau, ce qui permit « ses successeurs d’y installer eux aussi leur demeure d’éternité. Avec ses 146.50 mètres de hauteur, sa base de 230 mètres, son volume de 2 600 000 mètres cubes, ses 5 millions de tonnes de pierre et l’orientation exacte des ses quatre faces sur les points cardinaux, la Grande pyramide constitue un élément de renaissance symbolique idéal. « La montagne artificielle, écrit Isabelle Franco, est à la fois un escalier devant conduire le roi vers le ciel et une allusion à la pierre primordiale, le « benben », qui matérialise la butte émergeant du chaos et touchée par le premier rayon du soleil créateur. » Rien n’étant trop beau pour le dieu pharaon, on lui avait construit deux vastes embarcations pour entreprendre le voyage vers l’au-delà. L’une , retrouvée démontée, a été reconstituée ; elle est visible dans un musée proche de la pyramide. En revanche, ni son temple bas ni son temple haut, lieux indispensables aux rites déambulatoires des funérailles, n’ont été conservés. Seule demeure l’immense nécropole des ouvriers qui ont donné leur vie pour édifier cette œuvre d’exception. Tellement exceptionnelle, du reste, qu’elle a toujours fait rêver les imaginations. Depuis le XIXe siècle, les égyptologues ont régulièrement à protéger leurs travaux des élucubrations des « égyptomanes ». Certains voulaient que le lever de l’étoile Sirius soit corrélé à un élément de la pyramide. Ils l’ont trouvé ; c’est le conduit d’aération de la chambre royale ! D’autres sont obsédés par la découverte de la momie royale. C’est le cas récemment de Gilles Dormion et Jean-Yves Verd’hurt qui ont défrayé la chronique avec leur livre sur La chambre de Chéops, convaincus que le sarcophage du roi se trouve sous la chambre de la Reine. Leur demande d’autorisation de percer le sol de la pièce a évidemment essuyé un refus des autorités égyptiennes.

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